Cherbourg, 9 avril 1912
Ma douce Melinda,
J'ai bien reçu ta lettre, en effet la nouvelle vie que tu mènes est bien meilleure dans le Maine. Mais ne l'était-elle pas plus agréable en Toscane ? Certes tes parents ont enfin trouvé un métier décent, mais une part de nostalgie s'empare de ton esprit, cela est tout à fait normal ton passé reste ancré à San Gimignano.
Cela fait un mois que je pense à te rejoindre, pourquoi me diras-tu ? Ceci est bien compliqué à l'exprimer sur le papier, comme le disait ce romancier français que tu chéris tant, Honoré de Balzac, «L'amour n'est pas seulement un sentiment, il est aussi un art.» il avait raison, maîtriser un art est fastidieux, l'amour l'est par conséquent encore plus. Seul la poésie m'aide pour te dire ce que je ressens à l’intérieur d'un tourbillon de doutes. Je n'ai certes, pas le talent de Pétrarque ou de Dante, mais j'ai longtemps travaillé sur ce poème, ceci est un cadeau que tu mérites.
Quand la rose éclot, et que l'aurore enchanteresse
Sort de sa léthargie. Amour et tendresse
Illuminent ce petit cœur éclairé.
Effrois et doutes à toute vitesse se sont envolés.
Majestueux papillon,délicatement,
Hume nos coquelicots et lavandes d'antan
Ses parfums s'harmonisent avec nos plus beaux chants
En cette douce et longue journée de printemps
Apparaît un anneau gravé d'or et d'argent
Scintillant. L'amour ne n'en sera que plus grand.
Avec cette lettre, tu recevras également une petite boîte en velours dans le colis avec les fleurs et les graines de lys écarlates, dans laquelle se trouve une bague. Je ne pouvais l'apporter avec moi lors de mon voyage, les vols étant fréquent en troisième classe. À mon arrivée sur le quai, je t'attendrai, si tu m'acceptes comme époux, sinon je partirai seul, là où les alizés me mèneront. Je vais monter dans quelques jours sur le paquebot le Titanic, il est gigantesque. J'ai hâte de te revoir. Ne sois pas en retard.
P.S. : Quelque soit ta réponse, mes sentiments demeurent et demeureront éternels.
Ton dévoué Raffaele.